ALICE CUVELIER

Vies publiques

Vies publiques



L’espace public ne se donne pas a priori comme une entité fixe. Espace qui appartient à tous, et donc à personne, il prend forme lorsque les individus l’actualisent en tant que tel. Certains lieux, à un moment donné, se donnent comme espaces publics, parce que les individus qui l’occupent lui donnent un caractère fonctionnel, de passage, et acceptent l’idée qu’ils ne sont pas seuls à en jouir.

Les grandes métropoles s’agrandissent aujourd’hui en repoussant les limites de leurs périphéries et en créant, de plus en plus nombreux, des espaces interstitiels. Ce sont ces espaces que j’ai cherché à représenter.
Des personnes, rarement par choix, le plus souvent par nécessité, investissent ces espaces pour en faire leur terrain d’habitation ou d’activité plus ou moins temporaire. Que cela leur soit néces- saire pour survivre ou que leur action ai un sens politique, ils occupent ces non-lieux, et de par leur présence, les actualisent en tant que lieux de vie et d’histoire. La ville cherche à repousser ce qu’elle ne peut englober, mais parfois certains résistent. Car il s’agit bien là de résistance. L’espace personnel que se sont construit les hommes et femmes de ces photographies est constamment menacé, leurs corps exposés. Très vite, l’espace peut être perdu, réinvestit par d’autres, rendu à tous ou repris par l’Etat.

Ces photographies sont de brèves histoires de résistance passive à l’anonymat des villes.

En vue d’une efficacité de propos, ces images sont parfois mises en scène ou sujettes à manipu- lation numérique. Le réel augmenté des images cherche à rendre accessible une réalité politique aujourd’hui peu visible. 

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